Éléonor Houplain est une femme formidable ! Solaire et volubile, on l’écouterait pendant des heures tant son univers ne ressemble à aucun autre. Son secret ? Nourrir son talent de curiosité et de fantaisie. Exit les tendances, Éléonor s’en écarte pour mieux s’approprier chaque lieu. Celle qui manie le monochrome avec dextérité se plaît à travailler la couleur dans ses projets, chacun ayant sa propre identité.

Éléonor Houplain


Éléonor, pouvez-vous vous présenter ?
Après avoir fondé et dirigé une agence de communication dans la mode pendant de nombreuses années, j’ai finalement choisi, il y a dix ans, de me consacrer exclusivement à l’architecture d’intérieur, projet de création que je pratiquais déjà discrètement à titre personnel ainsi que pour des amis.
Votre mantra en décoration ?
Essayer de conserver au maximum les détails décoratifs et architecturaux d’origine. Et, dans un autre registre, ouvrir les perspectives, ne pas couper le champ de vision, essayer que l’espace reste traversant.
Le bon goût, qu’en pensez-vous ?
Question piège, n’est-ce pas ? La définition nous rappelle qu’il est tout ce qui n’est pas ostentatoire. De mon point de vue, il est la simplicité, l’épure. Il s’agit de trouver l’équilibre entre nos envies et la justesse de l’alliance entre les divers éléments.
Si vous étiez une pièce de la maison ?
La salle de bains. Pourquoi ? Parce que je suis totalement égocentrique, voyons ! Haha ! Trêve de plaisanterie, c’est la pièce que je préfère dessiner : elle représente pour moi le seul espace complet dans son architecture, ses lignes et ses structures. Une fois réalisée, elle se suffit à elle-même et ne nécessite aucun achat superflu pour exister.
Mais pour répondre correctement à cette question, si j’étais une pièce de la maison, je serais une cuisine. Elle est le cœur de la maison : elle rassemble l’accueil, les échanges… la vie ! C’est là où tous les moments d’échange circulent tout au long de la journée.

Le top 3 de votre bucket list ?
J’en ai trop ! Je voudrais parcourir les innombrables déserts : je suis subjuguée par leurs textures, leurs lumières et leurs étendues. J’insiste sur ce point : je suis fascinée par ces perspectives à perte de vue, là où l’œil ne s’arrête pas.
Je souhaite aussi découvrir un maximum de villes troglodytes : c’est une architecture envoûtante.
Sinon, juste comme ça, juste pour le plaisir, j’aimerais voler comme dans les rêves ! Mais ça, ça n’arrivera pas !
J’ajoute un projet que j’aimerais développer, mais qui n’est encore qu’une envie, une idée pour l’avenir : prendre le temps de créer une résidence d’artistes, trouver un lieu et m’y consacrer.
Et enfin, j’ambitionne d’apprendre le staff pour réaliser des moulures en plâtre.
Si vous étiez un artiste ?
J’aurais adoré peindre le tableau de George Hendrik Breitner, Fille en kimono. Dommage, mais malheureusement il n’est pas de moi !
Il y en a plusieurs versions, en rouge, en blanc : elles sont superbes, si délicates et fragiles. Je n’ai pas les mots exacts pour décrire ce que je ressens lorsque je les regarde. Elles me touchent profondément par leur évanescence. J’aurais aimé maîtriser cet art et transmettre de telles émotions.

Votre projet de rêve ?
Un château ! J’aimerais que l’on m’appelle pour me demander la réfection complète d’un château et son aménagement : travailler sur son histoire, la découvrir et m’y adapter. Puis chiner et construire autour de certains objets, certains éléments historiques, au savoir-faire si particulier et aujourd’hui disparu.
Votre obsession du moment ?
Les matériaux bruts, le plâtre et ses finitions : les détails de corniches, les encadrements de porte et de fenêtre, les cimaises, etc.
Votre engagement pour demain ?
Continuer à faire travailler au maximum les artisans. Les artisans sont fondamentaux dans notre métier et leurs savoir-faire se perdent, ce qui n’est pas concevable. Les ateliers ont du mal à recruter des jeunes qui souhaitent aujourd’hui apprendre à travailler le métal, le bois, le plâtre, le staff. Sans eux, mes projets ne ressembleraient pas à ce qu’ils sont.

Le monde d’Éléonor

Revisiter l’origine
L’architecture d’origine est primordiale pour moi. Je refuse de démolir certains détails qui sont réellement à l’origine d’une architecture ancienne. Au contraire, cela me sert de fondement pour mes projets et je prends un grand plaisir à restituer ce qui fut, en prenant soin que cela ne se remarque pas, comme si cela avait toujours été là ; tout agencement prévu sera pensé et réalisé afin que l’on ne puisse pas percevoir qu’il n’existait pas auparavant. C’est un plaisir de travailler sur les codes du bâtiment d’origine : imaginer une maison 1900 et pousser les recherches afin de les adapter aux besoins des clients dans ce nouveau lieu.
Étapes clés : penser et construire le projet
Un projet commence par la rencontre de client afin d’établir un cahier des charges ; il est essentiel de se rendre disponible et d’échanger longuement avec lui afin d’apprendre à le connaître, comprendre ses envies et ses attentes. C’est, selon moi, la seule façon de percevoir les nuances. Et, parce que je suis curieuse de connaître leurs influences, je leur demande de me préparer une sélection sur Pinterest ou un moodboard. Cela me permet rapidement de mieux comprendre. À partir de ce moment-là, je peux commencer à me projeter et à dessiner. Le lien de confiance est primordial. Il est la colonne vertébrale qui permet de mener nos projets sereinement jusqu’au bout. Nous devons tenir le rôle d’un chef d’orchestre.
Main dans la main avec les artisans
Concernant l’artisanat, il est indispensable. Grâce à eux, nous pouvons réaliser des espaces intégralement sur mesure, qu’il s’agisse de structure, d’architecture, de mobilier ou de fournitures. Les artisans peuvent répondre à chacune de nos envies et demandes, jusque dans les moindres détails. Leurs connaissances et leur savoir-faire nous permettent de façonner et de concrétiser tous nos projets, autant techniquement qu’esthétiquement. Ils sont ceux qui donnent vie à nos projections. Ils nous transmettent leur savoir-faire, nous évoluons avec eux, et cette connaissance nous donne la liberté d’accéder à de nouvelles envies. À chaque nouveau projet, selon les détails auxquels je pense, nous réfléchissons ensemble à la manière de les rendre réalisables. Ainsi, nous pouvons presque tout créer : lampes, vasques, voûtes, meubles.
En ce qui concerne le mobilier – canapés, fauteuils, tissus, rideaux – je préfère faire appel à des marques comme Le Monde Sauvage, qui ont à cœur l’artisanat et savent s’adapter à nos contraintes et exigences. Je trouve nécessaire d’échanger et de s’associer afin de produire ensemble. Cette union des savoir-faire est bien plus productive et constitue également une aventure humaine beaucoup plus enrichissante.
« Les artisans sont fondamentaux dans notre métier et leurs savoir-faire se perdent, ce qui n’est pas concevable. Sans eux, mes projets ne ressembleraient pas à ce qu’ils sont. »
Quelles sont vos principales inspirations ?
Ça dépend. Je peux être inspirée par le lieu et son architecture, par une temporalité précise ou encore par ce que m’évoque mon client et sa personnalité. Mais je dirais que mon monde intérieur ressemble à des décors de cinéma ou à mes rêves : ils sont multiples, sans limites. Heureusement pour moi, le fait de travailler pour des particuliers m’autorise à être versatile.
J’ai toute une liste inspirée de mes domaines de prédilection :
l’architecture italienne, l’esprit monacal ou baroque
▪ le Bauhaus
▪ la période Art déco
▪ l’Art nouveau
▪ les ateliers et les vieilles bâtisses
▪ les constructions modernistes et celles du style Mid-century, les influences asiatiques également.
Mais ce qui m’inspire avant tout, c’est lorsque les lieux sont particulièrement délabrés.

Comment bousculer un intérieur trop lisse ?
En lui redonnant une histoire, en révélant les détails existants, en y intégrant des pièces chinées ou des éléments architecturaux qui créent du relief et de l’émotion.
Que vous inspire
Le Monde Sauvage ?
Le voyage, le confort, la famille, la maison : un univers chaleureux, accueillant et tendre. Le Monde Sauvage est une marque qui me donne envie de me prélasser, c’est un monde riche en matières nobles, en imprimés et en pigments joyeux.














