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Conversation avec Marine de Beaupuy

Quand architecture d’intérieur, art et design se répondent. Le profil singulier de Marine de Beaupuy recèle un talent protéiforme : initialement peintre en décor, elle se forme à l’architecture d’intérieur et se passionne pour le design. L’appel de la création et l’envie d’animer des objets du quotidien la mènent à la conception de miroirs, bureau, table basse ou tabouret aux lignes graciles et raffinées.

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Marine de Beaupuy

Marine de Beaupuy

Marine, pouvez-vous vous présenter ?


Je m’appelle Marine de Beaupuy, mon activité principale est l’architecture d’intérieur. J’ai une formation initiale de peintre en décor à l’école Van der Kelen de Bruxelles, un métier que j’ai exercé pendant des années. Je m’intéresse également au design d’objet. J’ai l’idée que l’on a plusieurs cartes à jouer dans une vie, que rien n’est figé et que l’on peut mener des expériences professionnelles variées.



Votre mantra en décoration ?


Je m’applique à ce que mes réalisations soient joyeuses, à trouver des astuces, soigner les circulations et perspectives. Et il est essentiel de se poser la question de l’esprit du lieu.


Le bon goût, 
qu’en pensez-vous ?


Ce n’est pas trop mon langage car le bon goût renvoie souvent à un univers social, à une éducation, au « il faut avoir cela chez soi » que je ne trouve pas particulièrement intéressant. Je suis plus touchée par les intérieurs très personnels, incarnés, différents. Et qui dit bon goût dit mauvais goût, terme un peu jugeant. Souvent, la faute de goût est quelque chose de choisi, qui fait plaisir à celui qui a osé, donc j’ai plutôt de la tendresse pour la faute de goût. Je suis très heureuse de mes faux hortensias achetés récemment – j’ai l’impression d’être à Belle-Île toute l’année – et pourtant il paraît que les fausses fleurs, c’est out ! Tant pis ! Cultiver sa différence, ne serait-ce pas cela, le bon goût ?

coussins Le Monde Sauvage

Si vous étiez une pièce de la maison ?


Réponse banale, mais la cuisine évidemment parce que j’adore cuisiner pour les gens que j’aime, réunir des amis qui ne se connaissent pas forcément autour d’une table joyeuse et de saveurs, parfait pour refaire le monde. Ça parle de mélanges, d’ingrédients et d’énergies !


Le top 3 de votre bucket list ?


Je vais citer José Martí – citation dont il faut faire une lecture figurative d’après moi –, selon qui « il y a trois moyens d’atteindre l’immortalité : planter un arbre, écrire un livre, élever un fils ». Elle m’inspire que nous ne sommes que de passage sur cette terre et que si l’on peut y laisser et transmettre une petite contribution créative et respectueuse, c’est déjà pas mal !


Sinon, plus concrètement :

  • faire un long voyage à pied et en train,
  • avoir une micro-maison sur une île,
  • retourner dans les pays dans lesquels j’ai habité enfant et adolescente.


Si vous étiez un artiste ?


Le photographe Joel Meyerowitz pour son génial bouquin dans lequel il appose le même sujet photographié en noir et blanc et l’autre pour la couleur. C’est fou de voir comme les deux images pourtant similaires racontent une histoire sensiblement différente quand on passe de l’une à l’autre. J’aurais aussi adoré avoir un talent exceptionnel et être une pianiste virtuose – je ne m’y connais pas en musique classique mais il y a quelque chose de parfait/imparfait chez Marcelle Meyer qui m’émeut particulièrement. 

Joel Meyerowitz

Votre projet de rêve ?


Un projet en pleine nature, avec une vue. Un projet pour et avec des gens que j’apprécie.



Votre obsession du moment ?


J’en ai plusieurs ! Les banquettes, les lits qui débordent coussins, les bougies de couleur flash et ce que j’appelle les « petits palais » : les toutes petites surfaces parfaitement conçues.


coussins Le Monde Sauvage
coussins Le Monde Sauvage

Votre engagement pour demain ?


Avec l’espérance de vie qui s’allonge, je me pose pas mal la question de « comment rocker nos vies ». J’ai le sentiment qu’il y a quelque chose à inventer en termes d’habitat pour nos 65-90 ans qui soit vertueux pour tous. Je bassine mes amis avec la question du phalanstère, de réinvestir les hameaux désertés, prolonger nos activités, imaginer des rénovations en ce sens.


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Le monde de Marine

« La couleur est comme un révélant, un accent, un clin d’œil ; elle permet de créer du contraste, de la personnalité et de la joie ! »

salon

L’intérieur, reflet de la personnalité


Il est vrai que notre univers est souvent un prolongement de nos désirs, de nos souvenirs, de nos rêveries. C’est toutefois à prendre avec précaution car des personnes très raffinés et avec lequels vous allez parler de littérature peuvent avoir des intérieurs fonctionnels et dénués de charme simplement parce qu’ils n’auront pas exprimé d’envies à cet endroit.



Colorama


La couleur est comme un révélant, un accent, un clin d’œil ; elle permet de créer du contraste, de la personnalité et de la joie ! Le sentiment d’avoir un intérieur coloré ne vient pas obligatoirement de murs de couleur, il peut également s’exprimer dans un espace aux murs blanc cassé par des éléments de mobilier ou des accessoires colorés qui viennent magnifier l’ensemble.


couleurs
souvenirs
escaliers
cheminée
fleurs

Voyager chez soi


De mes années passées à l’étranger (Iran, Jordanie, Russie, Sénégal), je garde un certain goût pour les mélanges, une petite note orientale, la singularité, les savoir-faire qui se perdent. J’aime la différence, l’inconnu et me laisser surprendre.



Faites entrer la matière !


J’aime la douceur des enduis, du béton ciré, les matériaux végétaux ou tramés comme le lin, les textures chaleureuses comme le velours. Ils apportent un certain ancrage et de la douceur.



Âme de designer


J’ai été amenée à réaliser des petites séries d’objets. Ce qui m’a intéressée, c’est ce travail de zoom sur un sujet, un miroir par exemple – objet traité mille fois ! –, en me demandant quelle autre forme il pourrait revêtir. Qu’amène la rondeur, que raconte le choix de tel ou tel matériau, qu’induisent les choix des épaisseurs ? On se rend compte que tout est signifiant. Cela reste un tout autre métier qui demande de s’y consacrer pleinement ; j’ai l’ai mis de côté pour le moment – mais je n’ai pas dit mon dernier mot !

miroir Marine de Beaupuy
design
Marine de Beaupuy bureau

Chantiers professionnels ou clientèle privée ?


Je travaille pour une clientèle privée et également professionnelle. En général c’est vrai que je privilégie les projets avec des gens que j’apprécie et respecte ; je mets de l’affect dans ces relations de travail car cela représente beaucoup de temps passé ensemble. J’essaye d’offrir un accompagnement respectueux. J’ai la chance de travailler sur certains projets de Sport dans la Ville, une association merveilleuse de réinsertion par le sport (bureaux, maison de vacances, espaces de séminaires, partie hôtellerie). 


Collaboration artistique


J’ai travaillé avec des galeries d’art pour recréer des décors très poussés servant de mise en scène aux meubles et objets, avec des murs très décoratifs : fresques aux oiseaux, imitation de bois et marbre, patines à la cire.


Vos inspirations au quotidien ?


J’adore les brocantes ! J’aime les objets qui donnent vie à un appartement, qui dévoilent un peu de la personnalité de chacun, qui nous emmènent ailleurs. Les petits riens peuvent raconter des choses et procurer une émotion. Cela peut être le dessin d’un inconnu que l’on a chiné et nous a touché, un caillou ramassé à tel endroit, un objet artisanal rapporté de voyage.

fresque

Que vous inspire Le Monde Sauvage ?


Le Monde Sauvage incarne parfaitement des intérieurs faits de mélanges et de choses rapportées dont on n’identifie pas exactement la provenance, des intérieurs imaginés en plusieurs fois, avec des objets et des tissages qui se rajoutent, que l’on assemble, défait et réassortit différemment au gré de nos humeurs, au fil du temps. C’est comme si tous les jolis détails racontaient une histoire en plus, celle de celui qui décore sa maison mais pas seulement. Je vois les trames des tissages comme un chemin labouré, un sentier, comme un épisode de la vie de l’artisan que l’on peut imaginer. Ces créations apportent de la profondeur, quelque chose de vivant et incarné, intemporel.


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