C’est sans doute à travers ses voyages, que l’architecte d’intérieur Emmanuelle Sirven a forgé sa curiosité. De sa double culture française et anglaise ressort une sorte de fantaisie élégante au travers de ses réalisations. Qu’ils se situent à Notting Hill, Singapour ou au Tadjikistan, ses projets nourrissent sa créativité.
Emmanuelle Sirven
Emmanuelle, pouvez-vous vous présenter ?
Je suis architecte d’intérieur depuis 27 ans maintenant, bénéficiant d’une double culture française et anglaise par ma famille et de deux diplômes français et anglais. J’ai commencé dès le début de ma carrière à être formée sur des chantiers et cela a été une base très solide. Résoudre des problèmes techniques, comprendre chaque corps de métier, adapter notre design à la réalité pratique, interagir avec toutes les personnes impliquées, aussi bien nos clients que les consultants, entrepreneurs que leurs compagnons sur site. Cela m’a fait réaliser à quel point ce métier est un métier d’échanges, de curiosité et d’enrichissement, en plus d’être créatif. Je suis passée par Penninghen puis les Beaux-arts de Toulouse, à l’époque l’une des meilleures formations. Cette curiosité innée a été nourrie par ces deux écoles et elles m’ont aussi apporté une précision et un sens du travail et du détail essentiel à mon avis pour bien faire notre travail d’architecte d’intérieur : chaque geste a son importance. Ma carrière est internationale : après avoir été basée seize ans à Paris, je travaille à Londres depuis onze ans, sur des projets dans le monde entier : Europe, Singapour, Tadjikistan, USA, Maroc, Égypte… Imaginez quelle source cela peut être pour ma curiosité et ma créativité !
Votre mantra en décoration ?
C’est une question difficile car cela change à chaque chantier et en fonction de la vie. Je dirais écouter les gens : les clients avec leur vie, leurs besoins et leurs désirs ; les autres créateurs et les compagnons en fonction de leur savoir-faire et expertise ; les rencontres et les lieux de voyages.
Le bon goût, qu’en pensez-vous ?
Chacun a son propre goût et on doit le respecter. Cela aussi je l’ai appris tout au long de ma carrière. Cela fait notre différence et notre intérêt. Si nous avions tous le même goût, la vie serait triste. Donc le bon goût dépend de votre recherche et votre curiosité à un moment donné.
Si vous étiez une pièce de la maison ?
Un cabinet de curiosités avec des livres, des objets et des écrans ouverts sur le monde. Apprendre, découvrir, être émerveillée et surprise tout le temps.
Le top 3 de votre bucket list ?
● Voyager seule, peu importe la destination : aller à la rencontre des gens et des cultures à mon rythme et selon mes envies.
● Vivre dans un autre pays pour comprendre qui est l’autre et découvrir pour s’enrichir.
● Vivre sur une île tropicale au gré des vagues et du soleil : l’essentiel apparaît soudainement.
Si vous étiez un artiste ?
Le Corbusier et/ou tout sculpteur exposé dans le jardin de la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence ou dans le jardin du musée Louisiana à Copenhague.
Votre projet de rêve ?
Concevoir une résidence autour d’œuvres artistiques modernes à l’intérieur comme à l’extérieur.
Votre obsession du moment ?
Le marbre, encore et toujours.
Votre engagement pour demain ?
L’écoresponsabilité : sourcer des produits locaux et ne pas gâcher – garder ce qui est en bon état sur les chantiers et ne pas tout casser. Cela a toujours été une préoccupation pour moi depuis le début : pourquoi jeter ou refaire quand cela est encore en bon état ?
Le monde d’Emmanuelle
« Le détail ne vient pas au hasard, il est méticuleusement décidé avec précision et doit devenir invisible pour fonctionner, s’incorporer dans l’espace pour le complimenter et l’enrichir. »
Live, love, Londres
J’aime Londres pour son ouverture d’esprit, sa liberté, son exubérance et aussi son humanité et sa compassion. Londres est un ensemble de petits villages qui ont chacun leur identité et j’aime particulièrement Northcote Road et Battersea Power Station à Battersea, Holland Park autour de Clarendon Cross et King’s Road à Chelsea.
Mes adresses : Iris Fashion et le coin des antiquaires à Battersea, Indian Summer à Fulham, Designers Guild sur King’s Road, Liberty encore et toujours, le quartier de Portobello hors horaires des touristes : on y trouve beaucoup de magasins extraordinaires.
Ce qui me manque malgré tout de la France, c’est l’avant-gardisme français et l’élégance française dans la création : irremplaçable et unique !
Quel est le projet dont vous êtes la plus fière ?
Tous ! C’est comme les enfants, chacun apporte sa joie et ses difficultés qui font avancer. Mais je suis particulièrement fière de la maison de 400 m² à Notting Hill, sur cinq niveaux, réalisée toute seule, sans collaborateur. Beaucoup de coups durs, de contraintes très techniques et de difficultés rencontrées pour un résultat époustouflant et unique que les gens applaudissent encore, cinq ans après sa réalisation.
Une anecdote rigolote sur un chantier ?
Une corniche en plâtre installée à l’envers !
Coloriste ou minimaliste ?
Je travaille la couleur de manière décidée mais tempérée. Absolument pas minimaliste car j’aime trop les objets.
Soigner le détail
Oui, oui et oui ! Tout est choisi pour être complémentaire et assorti ; tout est dessiné, travaillé. Le détail ne vient pas au hasard, il est méticuleusement décidé avec précision et doit devenir invisible pour fonctionner. Les luminaires, appareils sanitaires et accessoires sont incorporés dans l’espace pour le complimenter et l’enrichir.
L’irrévérence : élégante ?
Élégante, encore et toujours ! C’est ce qui dénote et rend le design unique.
À travers le monde
J’aime voyager pour aller à la rencontre des gens, sentir les lieux, appréhender les différentes lumières, couleurs, détails, surtout dans les villes. J’aime qu’elles m’étonnent et me surprennent. Elles aiguisent ma curiosité et excitent mon inspiration. À chaque retour de voyage, je rentre telle une enfant, émerveillée et la tête pleine d’idées.
Que vous inspire
Le Monde Sauvage ?
Les couleurs, les tissus, les motifs enrichissent et viennent en compléments essentiels de mes projets. Leurs tons sont très subtils et riches.
La shopping list d’Emmanuelle
📸 Astrid Templier




