De son expérience en tant que journaliste styliste, Gaël Reyre a façonné son goût pour la création d’univers chaleureux. Instinctive, elle ne s’encombre pas de « règles » pour composer ses projets d’architecture intérieure. Gaël privilégie le choix des matières et le travail des volumes.
Gaël Reyre
Gaël, pouvez-vous vous présenter ?
Pendant plus de vingt ans, j’ai travaillé pour le magazine Marie Claire Maison où j’ai dirigé le style. J’étais sans cesse à la recherche de nouveautés, de tendances (eh oui, à l’époque il n’y avait pas encore Instagram !), puis j’imaginais des mises en scène pour les présenter. J’y ai forgé mon goût pour la création d’univers chaleureux et développé mon attirance pour le design que j’aime associer à une touche de fantaisie et de poésie. Mais ce n’était que des décors pour de belles images sur papier glacé… J’ai donc eu envie d’aller plus loin, de mettre ma créativité au service des autres en composant pour eux un cadre de vie raffiné, confortable et fonctionnel dans lequel ils se sentent bien. Je suis retournée sur les bancs de l’école puis j’ai monté mon agence de design d’intérieur.
Votre mantra en décoration ?
Sélectionner les belles matières, jouer sur les contrastes, mélanger les styles, sculpter l’espace pour créer une atmosphère, concevoir un univers personnel, insuffler poésie et fantaisie, traduire avec justesse les désirs des maîtres des lieux.
Le bon goût, qu’en pensez-vous ?
C’est tellement subjectif ! Comme dit ma fille : « Chacun son mauvais goût ! » J’aime les petits « accidents » ; une touche de mauvais goût, c’est drôle. Il ne faut surtout pas se prendre au sérieux. S’il y a une chose que je déteste, c’est l’ostentatoire.
Projet en collaboration avec Aurélie Fabry
Si vous étiez une pièce
de la maison ?
Le salon : c’est là que je passe le plus clair de mon temps. C’est la pièce à vivre par excellence, celle où toute la famille se retrouve. On discute, on refait le monde, on reçoit les amis, on rigole, on lit, on regarde des films…
Le top 3 de votre bucket list ?
• Des voyages : continuer à découvrir l’Asie, skier au Chili…
• Des sensations : sauter en parachute, faire du kite surf à Jericoacoara…
• Des rencontres : Tadao Andō, Renzo Piano et tant d’autres…
Si vous étiez un artiste ?
Johannes Vermeer pour ses clairs-obscurs.
Votre projet de rêve ?
Rénover tous les appartements d’un même immeuble, tous différemment évidemment, et les proposer clef en main.
Et j’adorerais qu’un client me demande de lui aménager une salle de gym dans son appartement ! J’ai une passion pour les accessoires de sport design mais aussi vintage. On en trouve de magnifiques dans des matières nobles et élégantes (cuirs, bois, métal brossé…).
Votre obsession du moment ?
Le bleu, le bleu et le bleu ! C’est une obsession qui dure depuis un certain temps, mais je ne m’en lasse pas ! Mes enfants ont même baptisé une de ses nuances le « bleu Reyre » !
Le monde de Gaël
De quelle manière abordez-vous un projet ?
Comme une page blanche. C’est d’ailleurs ce qui me plaît dans ce métier et qui m'animait dans mon ancienne vie de styliste, toujours imaginer de nouvelles histoires, de nouveaux décors. Sans cesse réinventer. Il faut s’imprégner du lieu et savoir écouter ses clients, leurs rêves, leurs envies, leurs besoins, puis commencer la partition.
Casser pour améliorer ?
Pas nécessairement, cela dépend des volumes et de la circulation. Et surtout, il faut savoir s’adapter au lieu, conserver son âme et son charme pour mieux les mettre en valeur. On peut faire de très beaux projets sans casser en jouant avec la lumière, les contrastes, les couleurs…
« Mon rôle est aussi d’éveiller les sens de mes clients, de les transporter dans leur intérieur, de créer un univers qui leur soit propre. »
Sur mesure ou
meubles de famille ?
Je privilégie le sur mesure pour les rangements afin de ne pas casser les volumes, qu’ils se fondent dans l’espace, qu’ils se fassent oublier.
Pour le reste du mobilier, j’aime le mélange de styles. Lorsque j’étais journaliste, j’étais toujours à l’affût des nouvelles créations, des nouveaux designers, j’en ai gardé un goût prononcé pour le design mais jamais en total look, toujours mixé avec du mobilier vintage. L’un ne va pas sans l’autre. Et ça tombe bien, j’adore chiner pour mes clients. Je me suis découvert une vraie âme de détective privée du vintage : je cherche pendant des heures et dégote des pépites.
Couleurs denses &
ambiances feutrées
C’est ce que je préfère, elles participent à la création d’une atmosphère chaleureuse où l’on se sent bien. J’adore l’ambiance des speakeasy, des bars d’hôtels, des bibliothèques anciennes. J’aime particulièrement utiliser les couleurs denses dans les couloirs et les pièces exiguës. Au lieu d’essayer de faire oublier leur manque de luminosité, j’aime accentuer leur côté sombre, cela permet de leur donner un côté théâtral et de transformer en pièces à part entière ces espaces qui occupent souvent une partie non négligeable du volume des appartements. En outre, cela donne du rythme, crée des transitions et accentue le côté lumineux des autres pièces.
Projet en collaboration avec Aurélie Fabry
Raffinement fonctionnel
C’est la raison d’être, l’essence de notre métier. C’est un savant dosage, il ne faut négliger ni l’un ni l’autre. Le côté fonctionnel est essentiel, nous créons des espaces à vivre et non des décors pour magazine, mais notre rôle est aussi d’éveiller les sens de nos clients, de les transporter dans leur intérieur, de créer un univers qui leur soit propre et qui corresponde à leur sensibilité. La subtilité des teintes, la noblesse des matériaux, la sobriété des formes, l’élégance du mobilier, la délicatesse des accessoires, la finesse des détails sont les véritables révélateurs d’un décor raffiné.
Graphisme & couleurs
La couleur joue un double jeu. Elle peut casser la rigueur, apporter douceur, féminité et en même temps accentuer le côté graphique et faire ressortir l’architecture d’un lieu. J’aime jouer sur cette ambiguïté. Je l’utilise par touches dans certaines pièces et en all over dans d’autres. Il faut savoir doser et varier les plaisirs.
Côté motifs, je ne suis pas très fleurs, volutes ou formes alambiquées, j’adore tout ce qui est très graphique. J’affectionne tout particulièrement les graphismes noirs et blancs que j’utilise en mix and match pour apporter dynamisme et personnalité
Combien de coussins sur un canapé ?
Il n’y a pas de règle, tout dépend de l’ambiance que l’on veut créer, de l’effet escompté, du style du canapé. Mais je dirais que si on décide d’en mettre, il faut être généreux. Disposer deux petits coussins sur un canapé de 2,50 mètres n’a pas grand intérêt. Visuellement ils sont « perdus », on ne les voit pas et côté confort ils n’ont pas de valeur ajoutée.
Plutôt lumineux, dark
ou clair-obscur ?
La lumière est essentielle. La lumière du jour, évidemment, il faut la faire entrer au maximum, mais aussi l’éclairage artificiel qui prend le relais la nuit tombée et sublime le décor. J’adore les lampes. Au-delà de leur fonction, ce sont de véritables objets de décoration, les designers sont extrêmement créatifs dans ce domaine. Appliques, suspensions, lampes à poser, je les multiplie dans la maison pour créer de subtils jeux de lumière qui soulignent certains détails, en dévoilent d’autres et créent une atmosphère intime, pleine de caractère.
Projet en collaboration avec Aurélie Fabry
Stores ou rideaux ?
Rideaux sans hésiter, pour leur côté ondulé, leur générosité. Ils estompent la rigueur des murs et apportent un vrai confort visuel mais aussi acoustique, même en restant ouverts. J’ai une préférence pour le sur mesure car on peut choisir une belle ampleur et un tombé cassant qui intensifie le mouvement du tissu. En revanche, je choisis toujours des plis simples pour leur modernité et ne pas alourdir le décor.
Montrer ou cacher ?
Tout peut se cacher mais doit-on vraiment le faire ? Aujourd’hui tout est designé, plus ou moins bien certes, mais on trouve de très belles choses dans tous les domaines. Il faut juste bien choisir, tout doit pouvoir cohabiter. Il ne faut pas perdre de vue que nous créons des lieux de vie, pas des musées. En revanche, le désordre fatigue, aussi bien les yeux que l’esprit ; les rangements sont primordiaux.
L’art du voyage
Tout m’inspire. Je vis déco, je mange déco, je rêve déco… Un film, une expo, une boutique, un plat, un paysage, une architecture, un bouquet, un accessoire de mode, un bijou… Les sources d’inspiration sont partout mais je dois avouer que les voyages sont les plus stimulants. Je reviens toujours la tête pleine d’idées et la valise remplie de trésors ! Mon voyage le plus inspirant ? La Corée du Sud : quelle créativité dans tous les domaines, toujours avec une pointe de poésie ou de fantaisie, quel patrimoine culturel et quelle gentillesse !
Et chez vous, c’est comment ?
J’aimerais tout le temps déménager ; pas que je ne me sente pas bien chez moi, bien au contraire, mais parce que j’adore refaire le décor. J’aime que cela ne soit jamais terminé pour pouvoir sans cesse ajouter de nouvelles trouvailles.
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