Musique, art, architecture : pour Oriane Manneval, ces termes se répondent en ce qu’ils incarnent la vision qu’elle a de sa profession. Peut-être parce que cette architecte d’intérieur aborde ses réalisations de la même manière qu’elle cultive l’art du violoncelle. Avec les plans pour partitions, elle se fait le chef d’orchestre du projet dont les artisans sont les interprètes. En gardant pour seul moteur sa capacité à s’émerveiller.
Oriane Manneval
Oriane, pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Oriane Manneval et je suis la fondatrice d’Atelier Guermantes, un cabinet d’architecture intérieure situé à Paris. Mon parcours m’a amenée à beaucoup vivre à l’étranger, notamment aux États-Unis. Aujourd’hui, je travaille principalement à Paris et j’aime imaginer des intérieurs qui ont du caractère, de la couleur et, surtout, qui ressemblent vraiment aux personnes qui y vivent.
Votre mantra en décoration ?
Ne jamais perdre de vue l’émerveillement. C’est ce que je cherche dans chaque projet : un détail qui surprend, une matière qui attire le regard, une couleur inattendue… et surtout des espaces qui créent des émotions.
Le bon goût, qu’en pensez-vous ?
Je crois beaucoup à cette idée que le goût se construit. Plus nous nourrissons notre curiosité – en voyageant, en découvrant des lieux, des artistes, des matières – plus notre œil s’affine. Le goût n’est pas seulement une question de connaissance ou de codes. C’est aussi la capacité à être touché par quelque chose.
Si vous étiez une pièce de la maison ?
Sans hésiter, le salon. C’est l’une des pièces de nos intérieurs qui vit le plus et celle où l’on reçoit. C’est aussi là que se mêlent le plus librement les matières et les objets : des livres, des œuvres d’art, des instruments de musique, des souvenirs de voyage… Tout ce qui, finalement, raconte ceux qui habitent le lieu.
Le top 3 de votre bucket list ?
- Vivre quelque temps en Italie. Ce pays m’attire depuis longtemps et il me reste encore tellement de régions à découvrir.
- Acheter une maison de campagne dans la région des châteaux de la Loire.
- Découvrir l’Asie du Sud-Est, que je ne connais pas encore. J’aime cette idée de découverte et de dépaysement.
Si vous étiez un artiste ?
Je dirais Lluís Claret, l’un des grands violoncellistes de notre époque.
Je joue moi-même du violoncelle et j’ai toujours trouvé qu’il avait un talent extraordinaire pour transmettre énormément d’émotions à travers son interprétation. C’est quelque chose qui me parle aussi dans mon métier : je crois que l’émotion ne vient pas forcément de ce qui est le plus spectaculaire. Elle peut naître d’une nuance, d’un détail, d’un silence.
En musique comme dans un intérieur, ce sont souvent ces subtilités que l’on retient.
Votre projet de rêve ?
Une grande maison bourgeoise chargée d’histoire, à réinventer entièrement. De beaux volumes où l’on pourrait travailler aussi bien l’architecture que les couleurs, les matières et le mobilier. Et surtout, des clients qui me feraient suffisamment confiance pour aller loin dans les partis pris et créer un intérieur véritablement singulier.
Votre obsession du moment ?
Les frises de papier peint.
Elles reviennent dans les intérieurs en ce moment et j’aime beaucoup l’idée de remettre au goût du jour quelque chose d’un peu oublié, en lui donnant une lecture plus contemporaine.
Votre engagement pour demain ?
Essayer de donner une seconde vie plutôt que de remplacer systématiquement. J’aime beaucoup, par exemple, les meubles anciens. Ils ont une histoire, une patine, parfois même une odeur qui me plaît. L’idée de les transformer ou de les détourner pour les adapter à nos intérieurs d’aujourd’hui me plaît énormément.
Le monde d’Oriane
Quelles sont vos inspirations au quotidien ?
Un peu partout, finalement : dans les voyages, les expositions, la musique, mais aussi dans les choses très quotidiennes. Il m’arrive de retenir une association de couleurs aperçue presque par hasard, un détail architectural, une matière. J’aime nourrir mon regard en permanence et ne pas chercher l’inspiration uniquement dans la décoration.
Pourquoi « Atelier Guermantes » ?
Atelier Guermantes est d’abord un clin d’œil à mon prénom, Oriane, qui fait forcément penser au personnage de Proust.
J’aimais cette référence à À la recherche du temps perdu, à tout cet univers de lieux, de souvenirs, d’art et d’un certain art de vivre. Le nom évoque aussi pour moi quelque chose de très français, presque comme le nom d’une maison. Et puis il y a chez Proust cette importance de la mémoire qui me parle beaucoup : un intérieur se construit aussi avec ce que l’on garde, les objets que l’on rapporte et les souvenirs qui s’y attachent.
Atelier Guermantes permettait donc de faire le lien entre mon prénom, mon histoire et l’univers que j’avais envie de créer.
Viva Italia
L’Italie est une source d’inspiration inépuisable pour moi. J’aime cette façon très italienne de faire cohabiter le beau et le quotidien, l’ancien et le contemporain. On peut entrer dans un palais chargé d’histoire puis découvrir, quelques rues plus loin, quelque chose de radicalement moderne, et tout cela semble parfaitement naturel. J’aime aussi leur rapport à la couleur, aux matières, à l’artisanat et cette forme d’élégance qui n’est ni trop parfaite ni trop contrôlée. C’est sans doute ce qui m’inspire le plus : un intérieur peut être très élégant tout en restant vivant.
Art & architecture
Pour moi, les deux sont indissociables. L’architecture donne le rythme et les proportions d’un lieu, et l’art vient apporter quelque chose de plus personnel, parfois même d’inattendu. J’aime penser un intérieur dans son ensemble : une œuvre peut influencer une couleur, un meuble peut répondre à un détail architectural. Ce sont ces dialogues qui rendent un lieu vivant.
Colorama
La couleur occupe une place centrale dans mon travail. J’essaie souvent d’amener mes clients vers davantage de couleur dans leurs intérieurs. Elle peut complètement modifier notre perception d’une pièce : sa lumière, sa température visuelle, ses proportions ou simplement l’émotion que l’on ressent en y entrant. J’aime jouer avec elle, parfois par touches, parfois de manière beaucoup plus affirmée.
L’importance des artisans
Ils sont absolument indispensables. C’est grâce à leur travail que le mien prend véritablement tout son sens. J’aime échanger avec eux et me nourrir de leur savoir-faire. Leur maîtrise d’un matériau ou d’une technique peut faire évoluer une idée et stimuler ma propre créativité. Les plus beaux projets sont, pour moi, le résultat de ce dialogue entre conception et savoir-faire.
Comment définiriez-vous votre style ?
Coloré, élégant, avec un goût assez prononcé pour les lieux qui ont une histoire. J’aime partir de l’existant, conserver ce qui mérite de l’être et y apporter des éléments plus contemporains. Je mélange volontiers les époques : un meuble ancien avec une pièce très actuelle, un papier peint audacieux dans une architecture classique… Je n’aime pas les intérieurs trop figés. J’aime qu’ils donnent l’impression de s’être construits avec le temps.
Et votre signature ?
Je crois que ma signature est justement ce dont je parlais un peu plus tôt : cette recherche de l’émerveillement. J’aime qu’il y ait dans un intérieur un détail, une matière, une œuvre ou une couleur que l’on n’attendait pas forcément et que l’on retient. Pas nécessairement quelque chose de spectaculaire, mais ce petit élément qui donne au lieu son caractère.
Votre définition de l’intérieur idéal ?
Un intérieur dans lequel on se sent bien, forcément, mais que l’on a également envie de contempler. J’aime aussi qu’il ne se dévoile pas entièrement au premier regard, qu’il y ait des détails plus personnels que l’on découvre progressivement : une œuvre d’art, un objet rapporté d’un voyage, un instrument de musique… Un intérieur réussi doit, pour moi, avoir plusieurs niveaux de lecture.
« L’architecture, c’est de la musique figée » : pourquoi cette citation de Goethe résonne en vous ?
Cette citation me parle forcément parce que je joue du violoncelle, mais aussi parce que je trouve qu’il existe beaucoup de similitudes entre la musique et mon métier. J’aime assez l’idée que l’architecte d’intérieur soit un peu le chef d’orchestre d’un projet. Les plans seraient la partition : ils donnent un cadre, un rythme, une intention. Puis chaque artisan apporte son savoir-faire et son interprétation pour donner vie à l’ensemble. Et comme en musique, on peut avoir une très belle partition, mais c’est la façon dont tous les intervenants jouent ensemble qui crée finalement l’émotion.
Que vous inspire le Monde Sauvage ?
Ce que j’aime chez Le Monde Sauvage, c’est cette liberté dans le mélange des couleurs, des motifs et des matières. Il y a quelque chose de très vivant dans l’univers de la marque, qui donne envie de composer plutôt que de chercher à tout coordonner parfaitement. J’aime aussi cette idée d’un intérieur qui semble s’être construit au fil du temps, avec des objets et des influences différentes. C’est assez proche de ma propre vision de la décoration : un intérieur élégant, bien sûr, mais surtout personnel, vivant et jamais trop figé.




